Les seuils d’incompétence communicationnelle -1-

Les seuils d’incompétence communicationnelle! 1/...
Par Al Hakawaaty, Salem Labbène

Revenons, pour être méthodique, au sujet principal de cette série d’articles, à savoir l’état des lieux du secteur de l’information et de la communication publique dans notre pays ! 
Pourquoi le secteur public en particulier, me demanderait-on ? Et bien parce qu’un moyen d’information privé sert généralement les intérêts commerciaux de ses propriétaires (dont certains pourraient œuvrer sincèrement à l’émancipation du secteur, mais sans que ce soit pour eux une obligation !), un journal de parti politique sert toujours les objectifs du parti qui l’édite (certains partis pourraient avoir, tout aussi sincèrement, la volonté de promouvoir une vraie liberté d’expression); mais une entreprise publique (de presse écrite, audiovisuelle ou autre) appartient à tous les citoyens. Nos concitoyens, libérés par leur révolution du 14 janvier, sont en droit d’attendre de leur presse, radios et télévisions le changement profond qu’ils espéraient depuis très longtemps, et qui en feraient des entreprises de service public. Et, ne nous leurrons point : si changement il va y avoir, dans ce secteur profondément atteint de sclérose, c’est aux entreprise de presse publique d’en d’être la locomotive. Les autres suivront ou disparaitront.
I - le seuil d’arrogance
C’est à Avicenne que reviendrait, parait-il, cette formule : « l’estomac est le foyer du mal et le régime alimentaire le premier pas vers la guérison » !
Qu’il me soit, ici, permis de formuler autrement cette règle de médecine pour l’adapter à la « politique » dans son sens large : le secteur de l’information et de la communication publique est le foyer de toute pathologie du système politique, sa libération de la tutelle gouvernementale (ce qui veut dire son rééquilibrage en faveur du « libre arbitre citoyen » des journaliste) est le premier acte de construction d’une société libre et démocratique.
Pour le vérifier, force est de revenir à ce jour du 14 janvier 2011 et de tenter de comprendre ce qui c’était réellement passé pour en arriver à cette chute aussi retentissante qu’inespérée du régime Ben Ali. Y revenir nous permettra aussi de garder à l’esprit que l’objectif principal du peuple qui s’est soulevé, comme jamais auparavant dans le monde arabe, était de guérir une pathologie politique qui a gangrené les rouages de l’Etat et commencé à miner à la base la société toute entière, n’eut été ce sursaut d’orgueil de tout un pays.
Poète, donc incorrigible rêveur, mais aussi simple tunisien devenu encore plus fier de l’être après le 14 janvier, je suis tenté de céder au romantisme pour dire tout simplement que c’était une belle victoire du peuple opprimé sur son oppresseur. Oui ! C’était bien le cas :
-           Est dans le faux quiconque nierait la bravoure et le courage de nos jeunes et moins jeunes qui, du 17 décembre 2010 au 14 janvier 2011, de Sidi Bouzid à Kasserine et jusqu’à l’Avenue Habib Bourguiba à Tunis, en passant par toutes les régions du pays, de la rue réelle à la place publique virtuelle, ont défié les matraques, les bombes lacrymogènes, « Ammar 404 » et les balles des snipers, sacrifiant leur sang pour nous offrir la liberté et donner au monde arabe la première étincelle qui fera son printemps.

-          Est aussi dans l’inconscience culturelle et le manque de sens pédagogique, celui qui chercherait à démolir les icones de cette merveilleuse fable qui narre au monde entier notre révolution du jasmin en racontant comment un chômeur, s’étant immolé par le feu pour exprimer tout le malaise de sa génération et toute la détresse de sa société, a pu conduire tout son peuple à se soulever pour chasser le pire des dictateurs qu’a connu notre époque.
Oui ! Tout cela est vrai, mais qu’il me soit permis de regarder les choses d’un autre angle, de l’angle tout à fait opposé. Ce qui me permettra de raconter, autrement, cette histoire de la révolution du jasmin à mes consœurs et confrères journalistes et communicateurs qui voudraient bien vérifier avec moi la justesse de la « règle » formulée ci-dessus, mais aussi à l’élite du pays, spécialistes et non spécialistes confondus, qui voudraient bien en prendre notes :
Alors, il était une fois - vais-je dire - un régime politique dictatorial arrivé à l’apogée de son autosuffisance et de son mépris pour son peuple. Ce régime comptait sur un système de verrouillage systématique de l’information qu’il avait bâti sur une équipe restreinte de conseillers dont la principale compétence était l’attachement maladif à leurs sièges et la fidélité indéfectible à la personne de leur dictateur, seul garant de leur survie politique.
Ayant une foi inébranlable en le système d’organisation de la mafia avec laquelle ils sembleraient avoir construit des alliances, lesdits conseillers créent autour d’eux le vide absolu, en nommant aux postes de commande des « cadres intermédiaires », qui leur sont personnellement fidèles plus qu’au régime lui-même. Nul doute que de rarissimes exceptions existent, mais en général, lesdits cadres ne savent, de leur métier de journalistes communicateurs, rien de plus qu’obéir à leurs bienfaiteurs, auxquels ils doivent leur promotion. Sauf cas exceptionnel de « fausse appréciation » le principal critère de choix de ces « cadres intermédiaires », n’est ni leur capacité de bien écrire, ni celle de bien concevoir, organiser ou diriger ni, encore moins, celle d’avoir du flair politique ou de l’imagination. Ils sont choisis simplement pour leur aptitude incomparable à exécuter les ordres sans réfléchir.
23 ans durant, tout allait pour ce système comme le voulaient ses parrains ; jusqu’à un certain été 2010 où l’illégitimité, personnifiée par une « première dame » devenue véritable «régente», envahit le terrain communicationnel déjà infesté par son occupant « légitime ». A l’occasion de la tenue, en Tunisie, d’un « sommet de la femme arabe », nos « cadres intermédiaires », zélateurs par définition, s’en donnent à cœur joie de publier suppléments, couvertures audiovisuelles, commentaires flagorneurs, reportages à la une etc.; faisant que l’« icone » de la « régente » écrase carrément celle de son pauvre mari, « légitime » président depuis un peu trop longtemps et dont tout le monde attendait le départ définitif à la fin de son mandat en 2014.
Les rumeurs commençaient même à faire état des ambitions carrément présidentielles de « la régente » et de sa smala « Trabelsienne ». Et le peuple, réduit au silence, de se sentir offensé plus que jamais.
Mais comme un malheur ne vient jamais seul, voici qu’en plein mois d’août, alors que les tunisiens, le cœur plein de chagrin sur le sort de leur pays, se permettaient quand même de savourer quelques jours de vacances paisibles, un acte d’agression communicationnelle caractérisée, traduisant toute l’arrogance du système est commis, soudainement, sur eux. Cet acte prend la forme d’une pétition publiée dans la presse. Tous les citoyens la ressentent comme une gifle, pire comme un poignard dans le dos !
Terrassés par la stupeur, les tunisiens finissent par se réveiller de leur longue sieste par ce soit disant  «groupe d’intellectuels, d’artistes et de personnalités politique », qu’ils appelleront plus tard « les Mounachidins » et qui suppliaient « le pauvre mari de la régente » de briguer un nouveau mandat présidentiel pour 2014.
Cela sentait la magouille suprême : voici que la communication d’Etat déclare carrément la guerre au peuple et à sa constitution qu’il était question d’amender à nouveau afin de permettre, purement et simplement, une nouvelle présidence à vie !
De leur côté et tous en cœur comme d’habitude, les moyens d’information, publics et privés, se mettent en branle pour accueillir cet acte communicationnel pervers, comme un acte de bravoure politique, exprimant leur soutien inconditionnel aux « Mounachidins » (pour la plupart malgré eux, mais là est une autre histoire !) et appelant tout le peuple à la « Mounachada ».
Il fallait être aveugle pour voir dans ce silence de plomb observé, depuis cet été, par les tunisiens, signataires forcés compris, une marque de consentement ou la preuve d’un manque irrémédiable de dignité de tout un peuple.
Un vrai professionnel de la communication y aurait plutôt décelé l’arrivée du système communicationnel d’Etat à son seuil d’arrogance. Seuil après lequel, seul le déclin était en vue. Le mutisme auquel les « cadres intermédiaires » (ayant exceptionnellement du flair professionnel) étaient tenus, justement, par « obligation professionnelle », allait finir par accélérer « la grande chute » celle que causera l’arrivée du système de communication public au second seuil fatal, dont il sera question dans la seconde partie de ce texte. A suivre, donc, et à bientôt.
Al Hakawaaty – Salem Labbène

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