Editorial 1 *

L’apprenti Guevara !
Par Al Hakawaaty, Salem Labbène

Pardonnez-moi, amis lecteurs, mais voici un éditorial qui vient « en retard d’un papier » !
Après avoir foncé droit au but, exprimant le sentiment de peur que m’inspirait, neuf mois après le 14 janvier, l’état des lieux de ma profession de journaliste au sein d’une entreprise du secteur public, (j’ai nommé l’agence Tunis Afrique Presse « TAP ») il parait, suite à certaines réactions amicales, que je doive observer une petite halte pour faire une mise au point que, transparent comme je tiens à le demeurer, je me dois de vous apporter, avant de poursuivre la rédaction de cette série d’articles. D’où cet éditorial qui, plus ou moins intentionnellement, arrive après coup !
« Mais voyons Salem, m’interrogent des ami(e)s qui m’aiment vraiment, me considérant plus qu’un simple confrère, et qui tiennent sincèrement à m’éviter une « grande déception », voire une « chute vertigineuse », es-tu conscient de ce que tu es en train de faire, en t’aventurant sur ce terrain miné du « soit disant militantisme », qui n’est plus ni de ton âge ni de ton « standing » ni (franchement) de ta nouvelle réputation auprès des professionnels ??? »
Pertinente la question, effectivement !  
Qui, en effet,  me lirait, m’écouterait ou croirait à la sincérité de mes propos ?
Comment me permettrais-je de me mettre aux devants de la scène, pour attirer l’attention de toute la profession, et même du grand public, sur une « résistance au changement qui s’organiserait dans les coulisses du secteur de l’information publique et qui risquerait d’offrir, sur un plateau en or, les clés du secteur à un nouvel apprenti dictateur » dont l’avènement serait autant attendu, par certains « journalistes », que celui d’El « Mahdi El Montadhar » par les chi’ites ?
Comment me le permettrais-je, alors que, pour l’écrasante majorité des professionnels, je ferais moi-même partie de « la clique mafieuse de Abdelwahab Abdallah » que mes propos accuseraient de s’appliquer, aujourd’hui, à assurer « sa » relève, pour demain, et à exécuter « sa » stratégie de résistance au changement et de sape de la révolution, si de telles relève et stratégie étaient encore susceptibles de s’imposer en Tunisie ?
Allons donc ! Ne suis-je pas revenu à la TAP après un séjour professionnel de dix ans à l’Agence Tunisienne de Communication Extérieure, cette « fameuse ATCE » dont personne ne parle plus aujourd’hui sans ajouter automatiquement l’expression qualificative : « de sinistre réputation » ? Ne suis-je pas, par-dessus le marché, le mari d’une ex-ministre de Ben Ali ? Ne me suis-je pas présenté, moi-même, dans mes articles édités sur Facebook et/ou sur mes blogs plus anciens, comme un élément « mis sur le compte du RCD » et qui revendiquait ce statut sans honte aucune ?
Ne suis-je pas, enfin, celui qui s’était évertué à revendiquer le maintien de cette « ATCE de sinistre réputation » au cours d’un Sit-in où « j’ai osé montrer mon visage » dans des vidéos publiées sur Facebook (que j’ai découvert en même temps que mes amis Facebookiens) et même dans une émission sur la chaine de télévision nationale, alors que la plupart de mes confrères de l’ATCE ont eu « la décence de se cacher » ?
De quel droit, donc, me permettrais-je d’écrire sur ce genre de sujets et, par-dessus le marché,  sous cet angle « révolutionnaire » ? Quelle légitimité aurais-je pour faire les apprentis Guevara ? N’ai-je pas honte d’oser parler au lieu de me taire en attendant « de présenter des excuses au peuple tunisien » ?
C’est bien sûr en termes beaucoup plus doux, mais avec une sincérité à toute épreuve, que certains confrères, qui ne me connaissaient pas bien, ont eu le courage de m’interpeller, cherchant parfois à m’embarrasser lors de rencontres où ils étaient étonnés de la teneur de mes interventions. Une vraie amie (pour moi en tout cas) s’est même permise de me lancer : « Oh toi, Salem, qui travaillais à l’ATCE, tu peux nous donner une idée sur la façon dont s’organisait la censure de la presse tunisienne et l’étouffement de toute publication insoumise ! »
J’en connais d’autres, beaucoup moins sincères et tout à fait de l’autre bord, qui se frotteraient maintenant les mais, croyant avoir déjà marqué le point tactique fatal qu’ils avaient minutieusement préparé, avant d’engager contre moi le bras de fer dont il s’agira plus loin !
Bref ! A toutes ces interrogations et appréhensions qu’un confrère a eu l’audace de soulever clairement, il y a trois ou quatre jours et que je comprends parfaitement bien, j’ai une seule réponse : « Tu me rendrais un grand service si tu m’interviewais à ce sujet pour ton journal en me posant les questions les plus accusatrices. Tout journaliste qui le ferait me rendrait un grand service ! Je suis même prêt à subir un interrogatoire officiel qu’organiserait le Syndicat National des Journalistes Tunisiens dans le cadre de l’Observatoire de la Déontologie Journalistique. Je promets de répondre sans détours à toutes les questions ! »
Je crois que ce sujet devrait, ainsi, être clos. N’empêche que je me permettrais de formuler -en attendant- quelques remarques à propos de cette « ATCE de sinistre réputation » comme se plait à la décrire aujourd’hui monsieur tout le monde, sans savoir exactement de quoi il retourne !
Oui, la réputation de cette institution est plus que sinistre, je suis le premier à en convenir. Les sales besognes dont elle se chargeait ne peuvent être niées ! Mais, méditons juste un peu ! Posons-nous juste quelques questions sans partis pris :
-          Et si cette institution accomplissait en même temps que sa sale mission, et à une échelle ne serait-ce que microscopique, quelques missions… disons moins sales, pour ne pas dire parfois « assez nobles » ?
-          Et si certains de ses départements étaient purement techniques et ne différaient en strictement rien d’un département rédactionnel apolitique comme, par exemple, un service culturel ou sportif semblable à ceux des journaux « La Presse » et « Essahafa », à ceux des radios et télévisions publiques ou de l’agence TAP ???
Permettez-moi de continuer à croire que la confusion généralisée à ce sujet qui a juste mis en veilleuse l’ATCE, n’a pas manqué de causer du tort à la Tunisie et, plus particulièrement,  au secteur de l’information et de la communication publique ! Cette confusion a fait perdre à notre pays un outil de travail opérationnel qui aurait évité les « ratés regrettables» que tout le monde connait. Mais elle aurait aussi laissé filer, entre les doigts de la justice et de la société civile tunisienne, l’opportunité d’engager à temps des poursuites et des investigations sur des dossiers qui auraient permis de faire la lumière sur plusieurs affaires peu saines et qu’il est sans doute un peu tard de traiter efficacement aujourd’hui. Mais voici, enfin, une autre question brûlante à laquelle j’inviterais tous les amis à réfléchir :
-          Et si les bureaux de l’ATCE servaient aussi, au système Ben Ali, au RCD et à Abdelwahab Abdallah en particulier, de prison pour « mis en quarantaine » et « compétences suspectées d’entrisme» ; une prison usant de méthodes sadiques, pratiquées sous couvert de secret professionnel, ce qui la rendait  cent fois plus humiliante, plus torturante et plus dure à supporter que celle de « Borj Erroumi », maintenant de brillante réputation ?
Posez cette question aux connaisseurs de par le monde et ils sauront vous entretenir longuement sur l’effet castrateur de ce genre de prisons dites « dorées » ! Et, pour qui aimerait bien fouiner, un Post-scriptum poétique suivra immédiatement cet édito, qui permettra à qui veut bien lire entre les lignes à la lumière des dates de parution, de détecter des indices et de vérifier le bien-fondé d’une telle question.
En attendant, passons à la question que je considère essentielle pour cette mise au point :
-          pour quelles raisons concrètes ai-je lancé, en ce moment précis, ce blog « Maraya Al Kyen – Miroirs de l’Être » ? Et en quelle qualité (autre que celle de simple citoyen libre de s’exprimer) me permettrais-je d’écrire ce que j’ai écrit (et que je vais continuer à  écrire) à ce sujet en particulier ?
Pour répondre sincèrement à cette question, je ne vais pas y aller par quatre chemins !
J’ai clairement reconnu, en conclusion de mon précédent article, que j’allais me baser, pour étayer mes propos, sur l’exemple de mon vécu personnel depuis mon retour à la TAP !  J’avoue donc, immédiatement, que ce blog est édité à la suite d’une « observation » écrite et signée, à moi adressée par M. Néjib Ouerghi, en sa qualité de président directeur général de l’agence TAP, où il me disait textuellement : « "أمّا عن تطوير العمل بالوكالة فأعلمك أنّ أهل مكة أدرى بشعابها" » (traduction approximative : quant à l’amélioration de la qualité du travail au sein de l’agence, je vous informe que nul n’est meilleur connaisseur d’un secteur que les siens légitimes ».
Résultat, pour faire bref : rédacteur en chef au service culturel de l’agence, j’ai été (je le suis encore) empêché d’écrire, par décision de la direction générale datée du 15 septembre 2011, puis éjecté carrément du système (TAPINFO) après avoir annoncé mon intention de proposer des articles à la publication malgré cette interdiction. Aujourd’hui, je n’ai même plus la possibilité d’ouvrir une session d’ordinateur, ne serait-ce que pour lire « le service » (les dépêches publiées) avant qu’il ne soit accessible au grand public, sur le site de l’agence.
Alors, rodé pendant des années à la résistance au système de « frigos administratifs», je me devais de prendre cet acte d’agression caractérisée avec la même philosophie, mais avec toute la liberté de ton que m’ont offert les martyrs de la révolution des jasmins.
Tout en continuant de me défendre auprès des instances concernées, j’ai choisi, comme je l’ai déjà fait avant, de positiver et d’opter pour la résistance efficace : celle qui me permet de réagir à l’exclusion par la création, par la réflexion, par l’analyse, par le témoignage et surtout par la proposition, seule force à même de construire l’avenir du secteur de l’information publique dans son ensemble à commencer, bien évidemment par l’agence TAP dont le sort m’a toujours concerné, bien plus qu’il n’a concerné ceux qui se sont crus, depuis l’ère Bourguiba et jusqu’au jour d’aujourd’hui, être les seuls légitimes « AHL MAKKA » !
Ceux de mes confrères qui me connaissent un peu plus que les autres savent que cette stratégie a été payante pour moi. Elle m’a permis de mener des expériences littéraires inédites, de publier quatre livres papier, de monter quatre spectacles de qualité, sans compter mon année sur les ailes du récit qui verra bientôt le jour dans les deux langues (arabe et française) sous forme d’un roman, d’un recueil de 30 nouvelles et d’un autre de textes littéraires divers !
Et ce blog alors, à quoi va-t-il servir ? Je me contenterai de répondre, qu’outre l’objectif déclaré ci-dessus, je vais l’employer à préparer mon prochain défi d’écriture. « Jamais deux sans trois » diraient les amis qui suivent mon itinéraire littéraire ! Comme 2004 et 2008, 2012 sera une année bissextile. Alors je dois faire en sorte qu’elle donnera des « frères » à « Mes quatre saisons » à « La Boussole de Siddinna », à « Grappe de contes » et aux autres livres qui verront bientôt le jour !
Al Hakawaaty – Salem Labbène
* un nouvel éditorial sera publié, à chaque fois que nécessaire, pour tout besoin d’explication.

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